02 septembre 2020

Sublime Pitchoux / Sorrn

 


Gilles Schwab, Laure Betris @église d'Undervelier, 2019-2020 

Interview avec Charles-François Duplain

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Les gorges du Pichoux ont été un itinéraire esthétique dès la fin du 18e siècle et au moins depuis la Promenade pittoresque à travers l'évêché de Bâle au bord de la Birse, de la Sorne et de la Suze de l'écrivain-paysagiste bernois Rodolphe Hentzy, mais avant tout un lieu de fabrication industrielle, sous l'Ancien régime déjà et connaissant un âge d'or au 19e siècle avant de finir racheté fermé par une fonderie concurrente sise en la gorge parallèle de Moutier, l'établissement des forges ayant été déterminé par la présence d'eau vive canalisable et, dans la région, de minerai de fer, transformant le paysage, cette dimension masque la première, enfin ces gorges sont devenues un lieu d'expérience de la vie alternative, de retours à la source et aux bas loyers, à l'existence communautaire, anti-industrielle et anti-capitaliste, des années soixante à nos jours où la collapsologie fait rage et voit fleurir au Pichoux des candidats à l'échappée hors du monde. Ce renouveau réactive les deux périodes précédentes : la valorisation esthétique et l'accès à l'eau et aux ruines industrielles. 

De là, on entreprend entrecroiser les trois fils historiques esquissés en sorte de former la fiction d'un essor "survivaliste" de la région : une deuxième vague d'échappants vient d'ajouter sur sa carte les gorges de la Sorne, sa belle côte sud et le village de Soulce en particulier, comme lieu de colonisation, de survie ou d'extinction moins indigne, et commence alors à y déferler, se confrontant à la première vague d'utopiste et aux locaux éberlués. On réalise d'abord des enregistrements sonores in-situ : des interviews avec des habitants et des experts, des paysages sonores, des musiciens locaux, à quoi répondent des fragments d'archives sonores. Ensuite, enregistrements encore, car mise en voix de documents historiques et de fictions. Puis :

A - création d'une performance musicale (première à l'Abbatiale de Bellelay) avec la fanfare Fun'B de Bassecourt, Laure Betris (voix, guitare), une bande-son de musique électroacoustique.

B - montage d'une pièce radiophonique, respectivement d'un guide pédestre audio-visuel, où la (re)transcription, avec la recomposition, voire la recollaboration, a toute sa part, et donc : texte.

 

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Goethe

An Charlotte von Stein

Münster den 3. Okt. [1779] Sonntag Abends.

Ich eile nur von der lezten Station einige Worte aufzuzeichnen.

Von wo wir zu Mittag gegessen hatten, kamen wir bald in den engen Pass der hierher führt.

Durch den Ruken einer hohen und breiten Gebirgkette hat die Birsch ein mässiger Fluss sich einen Weeg von uralters gesucht. Das Bedürfniss mag nachher durch diese Schlüchter ängstlich nachgeklettert seyn. Die Römer erweiterten schon den Weeg und nun ist er sehr bequem durchgeführt. Das über Felsstücke rauschende Wasser und der Weeg gehen neben einander weg und machen an den meisten Orten die ganze Breite des Passes der auf beiden Seiten von Felsen beschlossen ist, die ein gemächlich aufgehobenes Auge fassen kann. Hinterwärts heben Gebirge sanft ihre Rüken, deren Gipfel uns von Nebel bedekt waren.

Bald steigen an einander hängende Wände senkrecht auf, bald streichen gewaltige Lagen schief nach dem Fluss und dem Weeg ein, breite Massen sind auf einander gesezt und gleich darneben stehen scharfe Klippen abgesezt. Grosse Klüfte spalten sich aufwärts und Platten von Mauerstärke haben sich von dem übrigen Gesteine losgetrennt. Einzelne Felsstüke sind herunter gestürzt, andere hängen noch über und lassen nach ihrer Lage fürchten dass sie dereinst gleichfalls heim kommen werden. Bald rund, bald spiz, bald bewachsen, bald nakt sind die Firsten der Felsen, wo oft noch oben drüber ein einzelner Kopf kahl und kühn herübersieht, und an Wänden und in der Tiefe schmiegen sich ausgewitterte Klüfte hinein.

Mir machte der Zug durch diese Enge eine grosse ruhige Empfindung. Das Erhabene giebt der Seele die schöne Ruhe, sie wird ganz dadurch ausgefüllt, fühlt sich so gros als sie seyn kann und giebt ein reines Gefühl, wenn es bis gegen den Rand steigt ohne überzulaufen. Mein Aug und meine Seele konnten die Gegenstände fassen, und da ich rein war, diese Empfindung nirgends falsch wiedersties, so würkten sie was sie sollten. Wenn man solch ein Gefühl mit dem vergleicht, wenn wir uns mühseelig im Kleinen umtreiben alle Mühe uns geben ihm so viel als möglich zu borgen und aufzufliken und unserm Geist durch seine eigne Kreatur eine Freude und Futter zu geben, so sieht man erst wie ein armseelig behelf es ist. Ein iunger Mann den wir von Basel mitnahmen sagte es sei ihm lange nicht wie das erste mal und gab der Neuheit die Ehre. Ich möchte aber sagen wenn wir einen solchen Gegenstand zum erstenmal erbliken so weitet sich die ungewohnte Seele erst aus und es macht dies ein schmerzlich Vergnügen eine Ueberfülle die die Seele bewegt und uns wollüstige Thränen ablokt, durch diese Operation wird die Seele in sich grösser ohne es zu wissen und ist iener ersten Empfindung nicht mehr fähig, der Mensch glaubt verlohren zu haben, er hat aber gewonnen, was er an Wollust verliert gewinnt er an innrem Wachsthum; Hätte mich nur das Schicksaal in irgend eine grosse Gegend heissen wohnen, ich wollte mit iedem Morgen Nahrung der Grosheit aus ihr saugen, wie aus meinem lieblichen Thal Geduld und Stille.

Am Ende der Schlucht stiege ich ab und kehrte einen Theil alleine zurük. Ich entwikelte noch ein tiefes Gefühl was das Vergnügen auf einen hohen Grad für aufmerksame Augen vermehrt. Man ahndet im Dunkeln die Entstehung und das Leben dieser seltsamen Gestalten. Es mag geschehen seyn wie und wann es wolle, so haben sich diese Massen nach der Schweere und Aehnlichkeit ihrer Theile gros und einfach zusammengesezt. Was für Revolutionen sie nachhero bewegt, getrennt, gespalten haben, so sind auch diese auch nur einzelne Erschütterungen gewesen und selbst der Gedanke einer so ungeheuren Bewegung giebt ein hohes Gefühl von ewiger Festigkeit. Die Zeit hat auch gebunden an die ewige Geseze, bald mehr bald weniger auf sie gewirkt.

Sie scheinen innerlich von gelblicher Farbe zu seyn, allein das Wetter und die Luft verändern die Oberfläche in graublau, dass nur hier und da in Streifen und in frischen Spalten die erste Farbe sichtbar ist. Langsam verwittert der Stein selbst und rundet sich an den Eken ab, weichere Fleken werden weggezehrt, und so giebts gar zierlich ausgeschweifte Hölen und Löcher, die wenn sie mit scharffen Kannten und Spizzen zusammentreffen sich seltsam zeichnen.

Die Vegetation behauptet ihr Recht auf iedem Vorsprung, Fläche und Spalt fassen Fichten Wurzel, Moos und verwandte Kräuter säumen die Felsen. Man fühlt tief, hier ist nichts willkührliches, alles langsam bewegendes ewiges Gesez und nur Menschenhand ist der bequeme Weeg über den man durch diese seltsame Gegenden durchschleicht
 

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Traduction

Moutier, 3 octobre 1779, samedi soir.

Vous recevrez de Bâle un paquet qui renferme le récit de notre voyage jusqu'ici. Nous allons poursuivre tout de bon notre course à travers la Suisse. Pour nous rendre à Bienne, nous avons remonté la belle vallée de la Birse, et nous sommes enfin arrivés à l'étroit défilé qui conduit ici.

La Birse, rivière peu considérable, se fraya jadis un passage à travers une haute et large chaîne de montagnes. Ensuite l'homme, poussé par le besoin, rampa sans doute péniblement le long de ses gorges profondes ; les Romains élargirent la route, et maintenant elle est très-commodément tracée. Le chemin et la rivière , qui gronde à travers les rochers, se côtoient, et occupent le plus souvent toute la largeur du passage, fermé de part et d'autre par des rochers que l'œil mesure sans peine. Par derrière s'élèvent en pente douce des montagnes dont les sommets étaient voilés pour nous de nuages.

Ici s'élèvent sans interruption des parois verticales ; là des couches puissantes s'avancent obliquement vers la rivière et le chemin ; de larges masses sont assises les unes sur les autres, et, tout auprès, se dressent isolément des roches abruptes; de grandes crevasses s'ouvrent du bas en haut, et de larges plateaux se sont séparés du reste de la masse ; des blocs détachés ont roulé au bas de la montagne; d'autres sont encore suspendus, et font craindre par leur situation qu'ils ne tombent un jour également.

1. En allemand Munster, dans le Jura bernois.


Les crêtes des rochers sont tour à tour arrondies, aiguës, dégarnies, boisées; souvent une tête chauve, isolée, regarde encore fièrement par-dessus; le long des pentes et dans les profondeurs, s'ouvrent des crevasses de roches délitées.

Le passage à travers ce défilé m'a fait une grande et paisible impression. Le sublime procure à l'âme un calme heureux; die en est parfaitement remplie; elle se sent aussi grande qu'elle peut l'être. Qu'un sentiment si pur a de charmes, lorsqu'il s'élève jusqu'au bord, sans se répandre par-dessus ! Mon œil et mon esprit pouvaient saisir les objets, et, comme j'étais pur, cette impression n'était nulle part contrariée, et les objets produisaient l'effet qu'ils devaient produire. Si l'on compare un pareil sentiment avec celui qui nous anime lorsqu'un petit objet nous occupe laborieusement, que nous mettons tout en œuvre pour lui prêter, lui ajouter tout ce que nous pouvons, et que nous préparons à notre esprit, dans sa propre création, une jouissance et un aliment, alors on peut voir combien c'est là une misérable ressource.

Un jeune homme, qui s'était joint à nous depuis Bâle, disait qu'il n'était pas à beaucoup près aussi frappé que la première fois, et il en faisait honneur à la nouveauté. Pour moi, voici ce que je dirais : Quand nous contemplons un pareil spectacle pour la première fois, à cette vue inaccoutumée, l'esprit se dilate au premier moment, et cela lui cause un douloureux plaisir, un transport qui l'ébranlé, et qui nous arrache de délicieuses larmes. Ainsi l'âme s'agrandit sans le savoir, et, cette première impression, elle n'en est plus capable. L'homme croit avoir perdu, mais il a gagné. Ce qu'il perd en plaisir, il le gagne en développement intérieur. Si la destinée m'avait appelé lt vivre dans une grande contrée, j'aurais voulu chaque jour me nourrir par elle de grandeur, comme je me nourris dans une gracieuse vallée de patience et de paix.

Parvenu à l'extrémité de la gorge, je mis pied à terre, et je retournai seul en arrière à quelque distance. Je démêlai encore chez moi un sentiment profond, qui augmente considérablement le plaisir pour l'esprit attentif. On se représente confusément la naissance et la vie de ces formes étranges. De quelque manière et en quelque temps que cela soit arrivé, ces


masses ont formé leurs simples et grandes combinaisons selon la pesanteur et la convenance de leurs parties. Quelques révolutions qui les aient plus tard agitées, désunies, déchirées, ce ne furent néanmoins que des ébranlements isolés, et la pensée même d'un si formidable mouvement donne un profond sentiment d'éternelle solidité. Le temps, associé aux lois éternelles, a lui-même agi sur ces masses, tantôt plus, tantôt moins.

Elles paraissent être il l'intérieur de couleur jaunâtre : mais l'action de l'air et de la température change la surface en bleu grisâtre; c'est seulement çà et là, dans les déchirures et les crevasses récentes, que la première couleur est visible. La roche elle-même s'oblitère peu à peu et s'arrondit aux angles ; les parties les plus molles sont rongées ; ainsi se forment des grottes et des cavités évidées avec une remarquable élégance, et qui, lorsqu'elles se rencontrent avec des arêtes et des pointes aiguës, produisent un effet pittoresque. La végétation maintient ses droits; dans chaque saillie, plateau et crevasse, pénètrent les racines des pins ; la mousse et les herbes bordent les rochers. On sent profondément qu'il n'est rien là d'arbitraire; qu'une loi éternelle, qui imprime à tout une marche lente, y développe son action, et que la main de l'homme se montre uniquement dans la route commode par laquelle on se glisse à travers ces étranges contrées.

 

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Rodolphe Hentzy, Promenade pittoresque dans l'évêché de Bâle aux bords de la Birs, de la Sorne, et de la Suze [...], A La Haye : chez G. Bakhuysen, 1808


Lettre treizième


[...] Vis-à-vis de nous est un petit étang, entouré de sapins et de hêtres. On voit devant soi les deux vastes greniers, avec les bâtiments et les doubles clochers de l’Abbaye, située au pied de la sombre montagne du Mouron ou Sauberg. En contemplant cette solitude encore fort agreste, autrefois couverte de sombres forêts, on conçoit qu'elle a pu servir de retraite à des sangliers aussi farouches que celui d'Erimanthe, avant d'être la demeure de Chanoines aussi réguliers que ceux de St.-Hubert.

La sécurité imprudente avec laquelle nous parcourions une contrée limitrophe de la France, dans un temps de trouble et de combustion (1789), aurait pu nous coûter cher. Pendant que mon peintre appuyé contre un bloc de rochers, au bord du grand chemin, s'occupait tranquillement à faire son esquisse, j’étais assis sur un tronc d'arbre voisin, griffonnant quelques remarques sur le local. Ce moment était aussi celui du passage d’un détachement de milices Bernoises escortant des chariots chargés de fusils envoyés à Montbéliard à la réquisition du Prince, qui voulait armer ses sujets pour les précautionner contre l'insurrection naissante.

Les paysans, trouvant apparemment nos figures et nos occupations suspectes, se mirent en posture d’exercer sur nous un jugement militaire et de nous faire passer par les armes, se disant mélodieusement dans leur idiome guttural : « Es sind Spionen ! Wir müssen die Ketzer auf 'n Kopf schiessen ! » (Ce sont des espions ! Brûlons la cervelles à ces coquins !)

A l’ouïe de ces deux propos, un frisson me saisit et, quant à mon peintre, les cheveux lui en dressèrent sur la tête, tels ceux de Hamlet à l’apparition de l’ombre de son père ; sans doute qu'intérieurement il disait comme lui : « Angels ! and ministers of grace defend us » – Haml. Act. 1. Sc. 3

Déjà je voyais l’instant où une décharge meurtrière allait briser le clavecin spirituel de mon âme et terminer d’une façon aussi brusque que tragique mon voyage pittoresque en ce bas monde. La perspective de ce tableau, qui n’entrait pas dans mes intentions, était d’un sublime effrayant ; les contours durs, le coloris sombre, rendaient la composition digne du Breugel d'enfer. Le danger était pressant : une prompte levée en masse de mon courage pouvait seule prévenir l’exécution de l’arrêt : « To be, or not to be, that was the question ! » – Haml. Act. 3, Sc. 2

Je pris subitement mon parti et marchai droit à l’ennemi, sans consulter la disproportion du nombre et, d’un ton aussi fier que si j’eusse été un député du Roi de Castille et d’Aragon, je demandai d’un air courroucé : « Was segget er, ihr grobbe Flegels? » (Que dites-vous là, grossiers manants ?)

Frappés de la pureté de mon dialecte Bernois, les braves descendants des vainqueurs de Morat baissèrent les armes et me dirent d’un ton radouci : « So ! Sitt er’ ä Schweitzer ? (Ah ! vous êtes suisse ? – Ja ! und von Bern ! » (Oui ! et de Berne !) Cette réponse prononcée de ma part avec ce ton de supériorité aristocratique que l’on reproche à mes chers compatriotes apaisa le courroux des paysans à peu près comme le Quos ego! de Neptune calma jadis la fureur des vents déchaînés contre Énée.

Vous voyez, mon cher ami, qu’il est bon quelquefois d’avoir une patrie... « Quamvis perfida, cara tamen ! » – Tibulle

[...]

En se glissant par-dessous le moulin du Pitchoux, on gagne l'entrée de l'entonnoir, qu'il faut absolument franchir, pour éviter un détour de plusieurs lieues, avant de parvenir à Undervelier. L'abord de ce gouffre est effrayant !


Au premier aspect de ces lieux,

Pénétré d'une horreur secrète...

Mon coeur subitement flétri

Dans une surprise muette

Resta longtemps enseveli.


Serait-ce Merlin l'Enchanteur qui d'un coup de sa baguette aurait ouvert cette crevasse, pour servir d'avenir à sa grotte magique ? Ou Roland le Furieux qui d'un revers de sa fameuse épée Durandal aurait pourfendu ces rochers ; comme il a séparé en deux les Pyrénées, pour entrer en Espagne par la porte qui porte encore son nom ? Sérieusement parlant, il paraît que ce sont les eaux de la Sorne, précédées peut-être de quelque antique courant diluvien, qui ont perforé ces flancs du Mouron, où nous allons nous engager.

 

*

« Nous avions loué une maison à Undervelier et nous allions de ferme en ferme. Nous écoutions des histoires de sorcellerie, de maisons hantées, de vaches dont les cordes se détachaient. En marchant, il m’expliquait la perspective atmosphérique. »

Jacques Hainard l'ethnologue, à propos de sa jeunesse au Pichoux en compagnie de Rémy Zaugg. Ensemble, ils ont cherché «le secret», celui des guérisseurs et autres coupeurs de feu dont le Jura est si riche.



SORRN  

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Abyssalement son suint de mousses, lierres et saules, ses cascades, resaillies et résurgences, trilles glaireuses de pourri en mi le kalk délité, engoulent le voyageur qui se sera frayé une sente par ses plis et si vautré à l'orgie décompositionnelle, le mors à l'humus, au cloaque de la génération, inépuisablement irriguée irrigante la Sorne l'ayant mille-pertuisé finit par l'absorber, c'est qu'elle est sournoise et ne s'écoule qu'à sorner qui suit son sublime cours.

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L'année même où la Révolution fit trembler la contrée jurassienne la traverse un esthète, fanatique du sublime ayant mis ses pas dans ceux de Goethe qui avait 40 ans plus tôt parcouru la vallée de la Birse, Rodolphe Hentzy, fils de Samuel Henzy, patricien bernois, poète et conjurateur républicain à qui les familles de Berne firent couper la tête – Hentzy, bien que Bernois, écrit en français, langue que cultivait au 18e siècle la noblesse bernoise tout comme les Lumières européennes, ainsi, lettré nourri des dernières théories esthétiques, il recherche derrière chez lui des expériences qui satisfassent l'amateur de voyages rompu aux frissons des explorations de terres lointaines et des moeurs exotiques ou antiques. Il arrive à l'abbaye de Bellelay qu'un aspirant moine lui fait visiter : « Le choeur renferme le tombeau de Siguenaud, et on lit gravée sur une table l'histoire de sa délivrance miraculeuse. Le jardin, qui est spacieux et bien cultivé, est entouré d'un enclos d'une haute murelle construite en pierres de taille. La Sorne prend sa source au milieu de l'enclos. La Bibliothèque du Couvent contient les meilleurs ouvrages modernes, mêlés avec force bouquins scholastiques et recueils de Légendes... » La Sorne à vrai dire naît plus haut que Bellelay aux Genevez à plus de 1000 mètres d'altitude puis elle serpente jusqu'à un étang appelé La Noz, la nuit où afflue un autre ruisseau, celui qui vient de la Rouge-Eau et de là souterrainement la Sorne passe l'Abbaye jusqu'à rejaillir en son jardin.
Les 23 gouffres d'Undervelier
 

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La Costa del Coriosol

13 janvier 2020

Le Bouge - 2019


Quelques avis 

Lang, pilleur de sons helvète qui surfe sur la révolution égyptienne, disparaît en mars 2011, quelques jours après l’évacuation du sit-in de Tahrir Square par l’armée. Parti au Caire sur les traces de son ami, Lapeyre, géologue et historien amateur, le manque d’un poil à la fabuleuse oasis de Siwa où il tourne avec une bande d'escapistes un remake de Sophocle.»

Le Bouge est un roman d’aventures post-orientalistes qui nous plonge dans la fièvre du Printemps égyptien, doublé d'un essai sur la trivialité comme les sublimités de l’écoute dérivante. Il comprend en outre la réécriture de la bande-son de The Betrayed Square, un film en surround sur le basculement de la révolution le 9 mars 2011, réalisé en collaboration avec MML. Du docu, de l’émeute, des voix qui tachent, témoignages, slogans, envolées collap
sologiques et jusqu'à de l’antique oraculaire! Malgré ou avec ses bougés, voici un texte à lire-écouter mais surtout à re-vocaliser.


Vernissage : 30.11.2019 - librairie HumuS - Lausanne, lecture par S. M. et performance d'Antoine Chessex 

Editions l'Âge d'Homme

07 octobre 2019

Dette infinie

Lire Voyage au Congo de Gide (1927) pour se convaincre, s‘il le fallait, que la dette occidentale envers les ex-colonies est bien infinie... Ce dont Uzodinma Iweala vient d'entretenir Genève.

29 juillet 2019

Vide

Un relais aveugle qui pourrait bien biaiser la discussion autour de G. T. est l'image négative de "forteresse vide" (1967), forgée par Bettelheim, pour décrire l'auto-enfermement des autistes, image qu'un large lectorat vieillissant remâche. Bettelheim, ancien déporté, émigré aux USA devenu pédopsychiatre, a dirigé une clinique où il a développé sa théorie dans laquelle il voit l'autiste, suite au manque d'empathie d'une mère rejetante, s'encapsuler dans le présymbolique - théorie largement révoquée entre temps, mais combien tenace... Plus tard, Bettelheim commettra un autre ouvrage marquant, Psychanalyse des contes de fées (1976), où il découvre dans cette littérature enfantine (compilée et récrite par des adultes) des schèmes libidineux... Inénarrable eau chaude que la psychanalyse !

28 juillet 2019

GT

Et si Onfray était à la philosophie ce que Cousteau (qu'il invoque dans sa chronique récente pour dénigrer G. T.) est à l'écologie sous-marine, un bourrin, un stoppeur en permanente recherche de tibias à broyer ? On comparera à cet égard le Monde du silence (1956) au Sesto continente (1954)

* à une amie qui cet été-là postait des images de rivage d'île du sud: si tu trouves une poupée Gr*t* échouée sur cette plage, sache que je l'ai jetée dans l'Doubs après l'avoir achetée au kiosque de Saint-Ursanne, c'était un simple goodie collé sur un magazine de fitness à 20 balles enrobé de plastoc et quand on lui presse sur le nez elle dit Fuck You, remarque c'était pour soutenir le kiosque, mais peut-être que la pile marche encore, dans tous les cas tu me la ramènes, c'était y a 4 mois, les alizées me l'ont arrachée, or sa valeur augmente tous les jours ! on la vendra pour se poser trois mois en Tasmanie où on starte dans quelque arrière-baie une manufacture informelle de sans-dieu sait quoi, et elle est belle, enjoy !

14 juillet 2019

Finir les maîtres

Bien sûr, il y a le Deleuze du "tout immanence", de la littérature mineure, du retroussement de la philosophie (Mille plateaux), etc., mais il y a aussi "Description de la femme" (1945!), l'article par quoi son oeuvre s'inaugure et dont il est douteux qu'il rencontrerait actuellement la même bienveillance que ses textes ultérieurs. Le "sexisme" dont y fait preuve le philosophe, fait d'arme littéraire figurant dûment aux annales misogynes, ne devrait toutefois point altérer l'intérêt qu'on peut porter à ses réflexions sur la société contemporaine, d'autant qu'il n'a manifestement pas poursuivi dans cette voie qu'il sublimera par une course à l'abstraction. Voici un intéressant article qui montre que la complexion deleuzienne initiale (par ailleurs assez courante en fac de lettres) consiste en 1° l'alcool comme véhicule 2° la néantisation de l'intellectuel souffreteux par la mère comme horizon à combler de mots et idées : https://www.cairn.info/revue-savoirs-et-cliniques-2011-1...
Complexion de l'auteur n'étant ni matrice, ni coeur, ni noyau, autrement plus rédhibitoire pour l'oeuvre même est la démystification, opérée par Malabou, ci-devant élève du maître, du concept derridéen de trace, le soc aveugle de la différrRance : https://www.raison-publique.fr/article166.html

06 juillet 2019

Seyn

Voilà 10 ans que Heidegger a été fini par un linguiste, François Rastier - oui, véritablement et ironiquement anéanti, ce négationniste en chef, grâce à un parcours à travers ses plus "grandes" oeuvres et sa correspondance - Rastier frappait l'homme et le philosophe, le nazi et le penseur, sa vie et son oeuvre de l'inanité la plus rance qui soit, ainsi que ses innombrables suiveurs de la French et de l'Italian Theory... Seyn égalait Vaterland. Combien de nous ont passé des heures à donner crédit au grand arnaqueur, combien de bibliothèques et de mémoires, combien d'arguments d'autorité ? Et combien continuent à s'aveugler sur des chemins qui ne mêlent nulle part pavés des pires intentions, combien à sauver l'insauvable ? 10 ans après Rastier, si les universités ne se sont pas purgées de leur littérature heideggérienne, c'est pour la seule et mauvaise raison qu'il aurait fallu jeter au moins la moitié, l'influence de l'ami de l'immense Char ayant été sur la pensée occidentale - krolossale!

15 novembre 2018

L'INVISIBLE - 2016


 
quadriphonie 32' (ci-dessus version stéréo-réduite)

contrebasse : Aleks Gabrys
trombones : Sebastian et Artur Smolyn
partition orale : Antoine Chessex
enregistrements : CarlY et Stéphane Montavon
montage quadriphonique : Stéphane Montavon 

Première : Flatterschafft, Bâle, 19.11.2016 
Diffusion : Espace d'art contemporain Les Halles, Porrentruy, 30.4.17

L'invisible est une pièce composée « in-situ » pour contrebasse et trombones, d'après une partition orale d'Antoine Chessex, et enregistrée à l'anglaise dans le pont autoroutier de Ottmarsheim (D/F). Les singularités du paysage sonore de ce « non-lieu » transfrontalier sont sa longue réverbération et les détonations que les véhicules en passant sur le joint de dilatation du pont provoquent à l'intérieur.

Das Stück für Kontrabass (Aleks Gabrys) und Posaunen (A. und S. Smolyn) wurde in der Autobahnbrücke von Ottmasheim erstmal nach einer mündlichen Partitur von Antoine Chessex interpretiert und aufgenommen, dann in ein elektroakustisches Surround-Stück umgesetzt. Der wenig zugängliche Aufnahmeort kennzeichnet sich durch seinen langen Nachhall und vor allem durch folgendes klänglisches Merkmal: der bombenartigen Knall der Fahrzeuge, jeweils wenn sie über die Brückfugen fahren.

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Soutiens
Fonds de coopération BS-JU
Fonds de coopération TdB-JU
Pro Helvetia Cairo
Fri-Art, Fribourg 
Espace multimedia gantner & Conseil Général 90.fr F, TdB
Migros KulturProzent 
Ernst Göhner Stiftung

23 mai 2018

CUTS TO COME - 2011/2013


Cuts to come
I Trapped around Talaat Harb Square 
cut-up out of: Endgame, sandmonkey.org, 25 March 2007

II 

#jan25 people 
cut-up out of: @twitter.com/#!/sandmonkey, 2 February 2011

III 

Any news left 
cut-up out of my sms, 23 May 2011

IV  

Actualités 
a mail to friends, 9 March 2011

Made for komplot, bxl, curated by raphael cuomo and maria iorio, Et si jamais devient, Opening 27 june 2011
(suite : 2013)

présentation de MOTS SLOW @I Never Read, Art Book Fair Basel 18. – 21. 06. 2014

23 avril 2018

CAMP VICTORY - 2005



 
Radiophonic piece, mix by Gilles Aubry, 2008

Camp Victory 
A noise opera for 4 performers and a tape, 2005
collaborative work with Gilles Aubry 
Premiered @ Ecole de jazz et de musique actuelle (EJMA), Lausanne, 3-5 november 2005

libretto
Stéphane Montavon
dramaturgy, recordings, tapes
Gilles Aubry & Stéphane Montavon
performers
Antoine Chessex CH, Dave Phillips UK, Christian Wolz D, Roberto Garieri CH
scenography and lights
Pepperbox
production
Michel Gaillard & Nuits de la Guitare
support
Pro Helvetia, République et Canton du Jura

publications
Camp Victory. Procès d’un opéra noise – Libretto, 101 exemplaires, édition Raphaël Cuomo, Maria Iorio & Mathias Montavon, Genève
Camp Victory – DVD. Captation vidéo de Mathias Montavon & Raphaël Cuomo 
Camp Victory – Pièce radiophonique réalisée par Gilles Aubry

diffusions, pièce radiophonique
11.05.08 – première sur resonance.fm (UK), émission framework
11.09.11 – diffusion sur reboot.fm (D)

Parti d'une collecte de blogs et de récits de guerre placés sur internet par des soldats américains engagés en Irak, à quoi s’ajoutent des fragments de journaux de guerre rédigés par des soldats français lors de la Grande Guerre, et des citations issues d’un livre de Slavoj Zizek sur la guerre comme réalité médiatique, Welcome to the Desert of the Real – transformant librement ce matériel textuel par divers moyens comme la traduction, le cut-up, ou encore le générateur de hasard, j'ai récrit pour 5 „flux“ parallèles. Gilles et moi-même les avons lus, invitant d’autres voix également, les complétant encore de sons électroniques, et les avons enregistrés de façon à obtenir une composition en cinq canaux.
Pendant la représentation, la composition est jouée sur des casques d’écoute que chaussaient les 4 performeurs, chacun recevant sa piste, tandis que la 5ème est jouée sur des haut-parleurs. Les performeurs ont pour consigne de répéter ce qu’ils entendent du mieux qu’ils le peuvent, la composition originale demeurant ainsi inaccessible au public... à moins que, comme lors de la première, il ne se déplaçât dans une pièce isolée dont la fenêtre donnait sur l'arène, et d’où il pouvait entendre la cause, mais seulement voir l’effet dans le mouvement des corps.
Le titre de la pièce réfère à la plus grande base militaire américaine, située près de Bagdad et abritant 12’000 soldats. Cependant Camp Victory n'est pas une pièce sur la guerre d’Irak. La pièce réagit, dans l’ordre du commentaire, à sa médiatisation et aux discours qui cherchent à la justifier. La violence déployée dans la pièce s’adresse au langage comme à la vision du monde, à laquelle nous n’échappons guère, des envahisseurs eux-mêmes, car en effet jamais le matériel-source ne donne voix aux populations occupées.

Camp Victory, the performance
is the result from a collaborative work between Gilles Aubry and writer Stéphane Montavon. Its title «Camp Victory» refers to the name of the bigest US military base in Bagdad, hosting twelve thousands soldiers and providing them with services like short-order grills, ice cream bars, churches, internet cafés, gym and more. The piece is built on two central ideas: the use of blogs published by american soldiers during the war in Irak and a live performative work based on headphones transmission. 

milblogs 
The blogs collected on the internet were the main source for the text of the performance, which have been written in a mix of french and english, using several principles like re-writing (from translation to cut-up) and permutative/generative techniques with the help of a software programmed by the authors. The resulting text has been spoken by the authors and several guest voices, then recorded and distributed to the several tracks of a multichanel tape. 

talking head principle
The ‘talking head’ principle is a technique by which a performer has to repeat what a voice is saying in his/her headphones, becoming therefore an obviously remote controlled voice and body. The voices and other sounds transmitted are part of a pre-recorded composition which is not directly audible by the audience, but only through the subjective and each time different intepretation by the performers. Therefore the audience is confronted to two separate universes, one of them sonic and perceptible and the other hidden and manipulative. However the audience has the possibility to hear the content of the hidden tracks through headphones located in a room which is acoustically (but not visually) separated from the performance space.

alienated communication
The performers are in a difficult position where they have to listen to what they get in the headphones and at the same time render this to the audience. Because of their headphones, they can’t realy connect by audition to the others and find themselves in their own private sound space. This creates a very unnatural situation where all the codes of theatrical interpretation and interaction are changed. The impossibility to hear and react to what the others do and the strong control from the tape lead to an alienated comunication, close to propaganda and manipulation. 

listening skills
Musically, the piece is about extending the possibilities of vocal ‘music’ to the whole spectrum of electronic sounds. When asked to reproduce a spectraly impossible sound for the human voice, like some complex electronic sounds, the performer must invent a way to extract informations from that sound so that he can find a way to interpretate it. The sounding result will depend thus not only from his vocal skills, but also from his listening skills.

Another formal aspect of the piece is the corrupted timing induced by the listening/repeating process. Because all durations have been pre-defined on the tape, it is not possible for the performers to change the speed of the dialogues like in a normal theater situation, even if they can change their interpretation of the sentences they get. When the text gets faster and longer on the tape, the performers must concentrate much more to keep understanding it and the situation becomes more and more autistic, up to the point where they all speak at the same time and where the information becomes noise.

arena
The performers are enclosed in an arena, separated from the audience by a semi-transparent plastic net. The listeners are free to move all around this space and on the two levels of galleries above it. The sound is spatialised through eight speakers placed in the corners on two levels. The constraining principle of the composition combined to the visual filter resulting from the net around the arena maintains a tension throughout the whole performance, extending formaly the violence of the central theme of «Camp Victory», that is the war in Irak and its transmission trough the mass-media. 

Camp Victory has been commissioned by the festival Les Nuits de la Guitare and premiered on the 3rd of november 2005 in Lausanne, Switzerland.


18 avril 2018

LES ECOUTIS LE CAIRE - 2010

 

Pics : Le Mogamma (Gilles Aubry), le café du hammam, Mohammed Elvis, De la citadelle, Le Caire, 2008, l'objet
 

les écoutis le caire

cd/affiche

field recording series by gruenrekorder, germany
gruen 061 — LC 09488 — EAN 4050486012314

traduction arabe par Hoda hussein 

extracts here

reviews on label gruenrekorder

recension par Nicole Caligaris sur sitaudis.fr


Première diffusion : le 29.09.2010 sur Radio DRS2


les écoutis le caire among 2010 favorite albums, see Gill Arno, Joaquín Gutiérrez Hadid, Daniel Crokaert & Keiichi Fukushima'S lists


précipités d’écoute sur la carte d’une dérive cairote

8 lieux traversés micro au poing, mais non moins en voyeur

Ce qui compte ici, c’est de décrire le son saisi au passage, c’est de porter une attention furtive tantôt à telle atmosphère, à l’englobant, tantôt à telle situation, un drame qui s’esquisse, lambeaux de personnages et de paroles... survient alors parfois cette suspension brève devant l’écart entre le vu et l’entendu. C’est aussi le sentiment d’une menace pesant dans l’air et sur les gestes, ici au Caire. C’est enfin l’obligation d’en témoigner par l’écoute.


les écoutis le caire est le résultat d’un travail entrepris en 2008, lors d'un séjour de résidence au Caire en compagnie de Gilles Aubry et à l’antenne de Pro Helvetia.

L'objet a été designé par Gilles Lepore qui juxtapose ostensiblement deux supports, un cd et un imprimé plié. Le cd contient deux compositions de Gilles Aubry faites à partir d’enregistrements de terrain que nous avons effectués sur 8 sites différents, dans et aux alentours du Caire. L’affiche imprimée, de grand format (52x84cm), se déplie comme une carte. Vierge au verso, elle présente au recto 2 séries de 5 miroirs de page contenant des constellations textuelles. La grille des miroirs de page et celle des plis de l’imprimé ne coïncident pas.


publication soutenue par pro helvetia chckpt cairo

2010


*

C'est Le Caire, oui, c'est le Caire, cette musique, le son des balais, le son des chantiers, les sons de l'artisanat qui se travaille dans la rue, les klaxons, bien sûr, identité du Caire, mais travaillés avec discrétion, en décalage du cliché, c'est Le Caire mais cette reconnaissance n'est que le bonus d'une musique, riche et forte, qui s'écoute pour elle-même et à laquelle, en contrepoint, le texte spatialisé apporte une construction par ruptures. Fait d'éclats, d'énonciations multiples, d'énoncés tronqués, disparates, le texte dit la pénétration du singulier par le commun, la fragmentation de la continuité, de la pensée, de la parole, de l'existence, dans cette ville qui la rend impossible et malgré l'impossible, malgré l'entrave, d'une vitalité passionnante, ce que le texte dit, dans le chahut des paroles qu'il fait surgir du blanc qui les coupe.

Nicole Caligaris, extrait, sitaudis.com


*

Aubry’s decision to take samples mainly from Cairo’s downtown area (confirmed by the names of the streets in the attached text) is worthy of applause, as downtown Cairo is an area of stark contrast and rich history. The old campus of the American University, home to the richer Egyptian youngsters, lies next to a rundown, covered souk, and is one of his sound locations. Honorable testaments to Greek, French, and Italian architecture stand opposite repulsive post-revolution slabs of cement. But most importantly, with the area being at the heart of the city: traffic! Lots of it. Immense numbers of cars in tiny streets that, in turn, lead to a huge number of angry commuters, and an onslaught of cussing and yelling. These elements allowed Aubry to gather diverse and accurate recordings, providing Montavon with the inspiration to write his eerily strange but beautiful guide.

It is actually a bit scary how accurate the experience of listening to this album is when compared to the real thing. I have listened to it while walking, driving, and while standing on my balcony, as forms of experimentation, and every time, after the album has been playing for a bit, the sounds blend in perfectly with the streets and noises.

Les Écoutis Le Caire is a testament to the power of music and words to capture real life perfectly without a single photo or form of visual aid. The artists have provided a taste of Cairo’s unique spirit and a truly engaging work of art. I would recommend this to anyone who’s never been to the city, as a means of insight; and to those who’ve lived their entire lives here, to give them something to remember and appreciate it by.

Mohammed Ashraf, extract, 
TheSilent Ballet & other reviews


*

Bibliographie
Vincent Battesti, "Ambiances sonores du Caire : proposer une anthropologie des environnements sonores", Les Cahiers du GERHICO, n°13, Accords et à cris, Études pluridisciplinaires sur la sonorité (Journée d’études, Poitiers, déc. 2007), 2009, p. 35-49
Mickael Slackmann, "A City Where You Can’t Hear Yourself Scream", NYT, 2008
Elias Canetti, Die Stimmen von Marrakech. Aufzeichnungen nach einer Reise, München, Hanser, 1967



18 février 2018

Estampes @Atelier de gravure, Moutier

tirage de 17 estampes à partir de stills du film The Betrayed Square
pour l'Espace d'art contemporain Les Halles, Porrentruy
@Atelier de Gravure, Moutier, Gilles Lepore et Romain Crelier at work






10 novembre 2017

06 mai 2017

INFO dt


satyri.com@gmail.com   

Atelier Flatterschafft

Solothurnerstr. 4 CH-4053 Basel 

Meine Objekte sind alltägliche auditive (Krisen-)Situationen, der ihnen innewohnende Stimmen-Wirwarr, die Warhnehmungshaltung des Zuhörers, die Diskrepanz zwischen dem Visuellen und dem Auditiven. Wenn ich mich einem Feld widme, dann erforsche ich es durch Notizen, Tonaufnahmen (v. allem Soundscapes) und Interviews. Das Tonmaterial montiere ich mit Fragmenten von Tonarchiven, mit gesprochenen Dokumenten und Literatur zum Feld zusammen, woraus letztlich Hörspiele entstehen. Von da aus schaffe ich in-situ Klanginstallationen und -performances, aber auch durch Transkription und Re-Komposition: Texte.

Das Schreiben sowie die Kunst des Field Recording habe ich mir als Autodidakt angeeignet aber auch durch Zusammenarbeiten mit Musikern, Klangkünstlern und Komponisten (Antoine Chessex, Gilles Aubry), mit Dokufilmemachern und Videokünstlern (Gilles Lepore, Gebrüder Madracki, Maria Iorio & Rafael Cuomo). In meinen Praxen heranwachsen konnte ich ebenso dank dem Dialog mit Theoretikern der Performance (Tamar Tembeck), des Bildes (Gottfried Boehm, Markus Klammer), mit Philologen und Literaturwissenschaftlern (Martin Steinrück, Yan Greub, Nicola Tripet) und natürlich mit meinen Verlegerinnen und Leserinnen.

Bio kurz
*1977 in Delémont, lebt in Allschwil mit Céline Wenger
und ihren 2 Kindern
1996 Naturwissenschaftliches Matura, Lycée Cantonal Porrentruy
2001 Austauschstudent, Humboldt Universität zu Berlin
2004 Teaching Assistant, University of Colorado in Boulder
2004 Lic. phil., Universität Neuchâtel, Fächer: Latein, Romanische Philologie, Moderne Fr. Literatur, Linguistik
2005 Kl. Deutsches Sprachdiplom C2, Goethe Institut Berlin
2005-2008 Graduiertenkolleg Eikones Bildkritik, Universität Basel
2007 Residenz @The Annex, Jan Van Eyck Academy, Maastricht
2007-jetzt Lehrbeauftragter Französistik, Universität Basel
2007&2008, Residenzen in Kairo, Pro Helvetia Office
2011 März, Interviews und Tonaufnahmen in Kairo auf Tahrir Square
2012-jetzt Franz-Lehrer am Gymnasium Laufen-Thierstein-Jura, BL
2014 SekII-Lehrerdiplom, FHNW

Collections
The Betrayed Square (2018), film en stéréo, avec Gilles Lepore (MML), Com. audiovisuelle de l'Association Suisse d'Ethnologie, Genève
The Betrayed Square (2017) Grafik, mit G. Lepore – Espace d'art contemporain (les halles) Porrentruy 
Trahir la place (2016) Klanginstallation, mit G. Lepore und A. Chessex – Espace multimedia Gantner Bourogne 
Beljaffuches (2012) Plakatgedichte, mit G. Lepore – Musée jurassien des arts Moutier
Cairotalkingheads (2007) Audioblog mit G. Aubry – Haus der elektronischen Künste, Basel

Veröffentlichungen 2004-jetzt

Prosadichtung
Monographien
Herbst 2019 Le Bouge L'Âge d'Homme Lausanne – 2011, der arabische Frühling in Kairo, live von Tahrir Square; Verlagsbeitrag vom Fachausschuss Literatur BS/BL
2018 Trahir la place Espace Multimedia Gantner Bourogne – Libretto zur eponymen Klanginstallation
2016 Crevures d'autre part Genève – Eine im zu Ende gehenden 20. Jh. zu Ende gehende Jugend im Jura, aus dem Standpunk des 21. Jh. re-komponiert; Verlagsbeitrag vom Fachausschuss Literatur BS/BL
2014 Bolidage Büro für Problem Basel – Libretto zur eponymen Klangperformance
2013 Beljaffuches collection Musée des Arts Moutier – 42 Plakatgedichte
2010 Les écoutis le caire Gruenrekorder sold out – Plakatgedicht
Zeitschriften
2018 Sur le pont La 5e saison n°4 Vevey
2018 Chaud-froid cairote La 5e saison n°2 Vevey
2011/2013 Cuts to come MOTS SLOW
Web
2019 L'apologue des sardines Les Fils de la Pensée
2011 A djinn palace Radio Saprophyt Wien
2007 Shaabi sitaudis.fr
2004 Sens blanc sitaudis.fr

Kino für die Ohren
2017 The Betrayed Square surround film 44' – Film und Produktion MML, Première @Anthology Film Archives NYC; diffusion: International Documentary Film Festival Ji.hlava, competition "Between the Seas" & Pravo Ljudski Film Festival Sarajevo, programme "All power to the imagination"
2016 Nous sommes gratuits surround film 26' – mit Augustin Rebetez, Première @Galerie du Sauvage Porrentruy
2014 Bolidage surround film 40' – Film und Produktion MML, Première @Plattfon Stampa Basel

Audioblogs
2010 [wirvwar] – Produktion Belluard Bollwerk International Fribourg
2007 cairotalkingheads – collection Haus der elektronischen Künste Basel, mit G. Aubry
2009 Pont sonore Belju mit G. Aubry

Surround Sound Stücke, Performances und Klanginstallationen
2018 Hall Quadrophonie 10' – Première Digitales Basel, mit A. Chessex, M. Papiro, Aleks Gabrys
2017 L'invisible Quadrophonie 32' – Première EAC ( les halles ) Porrentruy, mit A. Chessex, Prod. u.a. durch Fonds de coopération BS-JU
2015 Trahir la place Quadrophonie 47' + Libretto – Première Flatterschafft Basel, mit A. Chessex und G. Lepore
2014 Unstillbare Ruhewelle Quadrophonie 303' – Première Flatterschafft Basel
2013 Pantogreffe 2013 Oktophonie 40' – Première Pantographe Moutier, mit A. Chessex und G. Lepore
2012 Bolidage Surround Sound Performance 65' – Prod. und Première Belluard Bollwerk International Fribourg, mit A. Chessex und G. Lepore
2010 [wivwar] Quadrophonie 73' – Prod. und Première Belluard Bollwerk International Fribourg, mit G. Aubry
2009 Dalle sur sous-sol Stereostück (2013) 20' – Prod. Belju soundbridge collection, universinternational.org
2009 Pont sonore Belju Klanginstallationen im Freien / Surround Sound Performances / Tonarchiv / Field Recording Residencies, mit G. Aubry
2005 Camp Victory Noise Opera 70' – Prod. und Première Festival de la Guitare EJMA Lausanne, mit G. Aubry

Grafik
2018 Trahir la place – collection EAC ( les halles ) Porrentruy, mit MML

Artikel und Vorträge
2015 « Le pouvoir des images », Jan Assman, D-F Übersetzung, in Emmanuel Alloa (éd.), Penser l'image II, Les Presses du Réel, Paris
2011 L'écoute aux abois Konferenz mit G. Aubry, Institut d'ethnologie méditerranéenne, Aix
2011 Geräusche oder Stimmen in Sabina Brand & Maren Butte (Hrsg.), Bild, Stimme, Fink Verlag, München, S. 145-157
2011 Cinema for ears mit Tamar Tembeck, in Sabina Brand & Maren Butte (Hrsg.), Bild, Stimme, Fink Verlag, München, S. 20-28
2010 Heroismus im spektakulären Zeitalter. Die Autofiktion Guy Debords in Robert Suter & Thorsten Bothe (Hrsg.), Prekäre Bilder, Fink Verlag, München, S. 61-82
2010 Just that in IACSA, Review of Cultural Studies in Architecture, Vol. 2, n°1, S. 4-6
2008 Touchons du bois zu Eric Emerys Werk, in Sang bleu, n° III/IV, Lausanne, S. 526-27
2008 Weg vom text, ab zum Raum! lecture-performance mit G. Aubry, Zurich School of Art
2007 Kunst als Verschwörung Vortrag mit Markus Klammer, kunsthist. Inst. Universität Zürich
2007 What remains of sade? Konferenz @the annex, Jan Van Eyck Academy, Maastricht
2007 Un autre type d'universalité kollektive Interview mit Jacques Rancière, Übersetzung, & Gesprächsrunde über Jacques Rancières Schriften zur Kunsttheorie, kollektiver Text in: Paradoxien der Partizipation, 31 Das Magazin des Instituts für Theorie der Gestaltung und Kunst n°10/11, S. 9-20 & S. 21-28
2006 Geheul für Masoch lecture-performance mit Markus Klammer, Stadtkino, Basel