TRAHIR LA PLACE / THE BETRAYED SQUARE - 2018




version stéroréduite, mp3

IMAGES

1-6 Stills tirés du film The Betrayed Square
7 affiche par Gilles Lepore
8 LA - "non!", un autocollant distribué sur Tahrir Square 
9 photos de mars 2011 par Stéphane Montavon : 1 Selling by doing (the Revolution) | 2 In front of Mogamma | 3 Roadside (Alexandria-Cairo)
10 photo de l'installation sonore par Gilles Lepore, Tour des Bourgeois de la Citadelle, Belfort, Journées du patrimoine, 17-18.09.2016


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The Betrayed Square  / Trahir la place (2018), 44'00'', sous-titres ar. / fr. et ar. / engl.

Plongée d'un fantassin dans l'événement révolutionnaire, ses clameurs et ses voix qui à la fois le vivent, tentent de l'expliquer et affirment leur foi en lui malgré l'immense revers subi : nous sommes en effet le 9 mars 2011 au Caire, parmi le sit-in de Tahrir Square où la foule, sous les caméras d'un monde avide de voir quelle forme, après la chute du Raïs, peut prendre l'esprit libéral en Egypte, hurle ses griefs et ses volontés à l'adresse des forces de sécurité. Or soudain des nervis attaquent le sit-in. L'armée laisse pourrir l'après-midi durant et, à la nuit tombée, avance ses chars, évacue banderoles et tentes, chasse les curieux, détruit leurs images, arrête des activistes. Cette trahison sonne le glas du mouvement entamé le 25 janvier. La visibilité de Tahrir Square est perdue. La révolution bascule dans la réaction et la narration de "Trahir la place" dans les transes de l'Egypte contemporaine.
Parfois discrépant, toujours immersif, la bande-image de "Trahir la place" est un montage de films tournés au mobile par des témoins, réalisé par le collectif MML, à rebours du processus cinématographique, pour sa bande-son qui, elle, est tirée des enregistrements sonores faits en direct par Stéphane Montavon.

Film documentaire en son surround
Production et réalisation : MML
Enregistrements et montage : Stéphane Montavon

Avant-premières : Espace d'art contemporain Les Halles, Porrentruy, 30.4.17 
Anthology Film Archives, New York, 22.09.17   
Pataphysisches Institut Bâle, 10.11.17 
Première :
Ji.Hlava International Film Festival 2018, section « Between the Seas »
Diffusion :
Pravo Ljudsky Film Festival Sarajevo 2018, program « All power to the imagination »  
Ägypten/Kamerun. Öffentliche Räume als Resonanzkörper der Politik, Synagogue Hegenheim, 22-25.5.19
Salon du livre anarchiste, La Cantine Delémont, 31.8.19



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Trahir la place
pièce quadriphonique 44'  
Collection EMG Bourogne Territoire de Belfort 

Work-in-progress: installation in situ, Jardin du Château, SAS Delémont, 17.10.2015
Avant-première : en black box, Flatterschafft, Bâle, 24.10.2015
Première : installation in situ, Citadelle de la Tour des Bourgeois, Journées du patrimoine, Territoire de Belfort, 17-18.9.2016 

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Parti au Caire afin de vivre le « Printemps arabe » en compagnie d'Égyptiens de ma connaissance qui désormais descendaient dans la rue afin de réclamer un tournant démocratique, je me suis rendu le 9 mars 2011 sur Tahrir Square afin d'y interviewer un activiste auprès de qui j'étais recommandé par l'un de mes contacts.
Depuis le 25 janvier, des manifestants appartenant à des mouvements citoyens, à des ONGs et à des partis libéraux campaient au centre de ce rond-point qui est aussi le cœur de la capitale. La place était assaillie par des éléments réactionnaires qui réclamaient leur départ pour deux raisons : leur sit-in bloquait le trafic automobile et leurs revendications politiques nuisaient à la bonne marche des affaires. L'armée assistait de loin à ce face-à-face grâce à des blindés postés sur tous les axes débouchant du rond-point.
Ce jour-là, alors que la foule des réactionnaires, emmenée par les « baltaguias », des hommes de main en civil que le NPD, l'appareil politique de Moubarak, emploie au gré de ses besoins tantôt pour manipuler les émeutes, tantôt pour des actes directs de violence et jusqu'au meurtre, saccage le très symbolique camp de tentes de Tahrir Square, l'armée ne bouge pas.
Le soir-même dans le camp des révolutionnaires, que je continue d'interviewer, on ne cesse d'espérer, même si avec Tahrir Square, on a perdu la meilleure visibilité possible pour la cause. On craint la torture pour ceux qui ont été arrêtés, ainsi que le tribunal militaire dont la sentence est sans appel, enfin on maudit cette armée égyptienne à laquelle le peuple s'identifie tant : les jours précédents déjà, elle s'était contentée d'observer les attaques et échauffourées mortelles en marge des manifestations, à Tahrir Square ou devant les ministères. Elle a elle-même tué des manifestants. Une nouvelle fois l'armée a trahi. Mais la Révolution n'est pas terminée, elle est encore à achever. Car la liberté, maintenant qu'on y a goûté, qu'elle a été éprouvée, sera nécessairement poursuivie à nʼimporte quel prix.
Jusqu'à ce point, la pièce sonore ne documente que la plongée aveugle d'un fantassin dans l'événement révolutionnaire, les clameurs, et puis les quelques voix, libérales, qui, trois choses à la fois, vivent cet événement, puis tentent, entre eux comme avec moi, de l'expliquer, enfin affirment, malgré le revers évident qu'il représente, leur foi en une issue positive à leur cause.
Dans la nuit qui vient, lʼarmée prendra avec ses chars le contrôle du rond-point, évacuera les tentes dévastées, nettoiera les banderoles, et ce faisant, elle tiendra les témoins à distance, interdisant à quiconque de prendre des photos. Ce 9 mars 2011, la révolution aura basculé en réaction, ce qui n'est pas démenti aujourd'hui, puisque le président Morsi, Frère Musulman sorti vainqueur du « jeu démocratique », a été arrêté en 2013 par le général Al Sissi avec l'assentiment des libéraux qui entérinaient par là le fait que l'épisode démocratique en Égypte compte pour du beurre, règne sur le pays plus cruellement que Moubarak aux dires de ceux des Égyptiens qui poursuivent leur lutte.
Dès lors la narration de la pièce se dissout et se fait arbitraire : s'enchaînent un mariage chaabi, une cérémonie zaar (pratiques orales populaires enregistrées en 2008, mais leur existence après l'échec de la Révolution n'est pas menacée, au contraire), et deux chansons de prisonnier bien connues en Égypte, certes composées par une star, Mohammed Mounir, mais chantées par un quidam (enregistrées, elles, quelques jours plus tard en mars 2011), elle veut faire croire que la foi révolutionnaire ressurgit dans l'énergie déployée par ces diverses expressions sonores contemporaines.

Der erste Teil ist eine rekonstruierte Direkt-Übertragung von der ägyptischen Revolution in Tahrir Square, gerade an dem Tag, dem 9. März 2011*, wo das auf der Insel des Riesenkreisels eingerichtete Zeltlager der liberalen Aktivisten von Handlangern des angeblich gestürzten Regimes Mubaraks zuerst gesteinigt und dann im Laufe des Abends gestürmt wird. Dieser Teil endet mit dem Wunsch einer jungen Aktivistin, dass eine solch grosse Menschenmenge, die mit solch lauter Stimme auf die Strasse geht, irgendwann einmal gehört werden muss,, und dass die durch die Armee verhafteten Demonstranten frei davon kommen.
Der zweite Teil zieht am gleichen Abend eine Bilanz der Geschehnisse. Auf die Handlanger folgte die Armee, die den Platz samt Zelten und Plakaten evakuiert hat. Man weiss, dass die Verhafteten vor ein Militärtribunal ohne möglichen Rekurs gezogen werden. Darüber hinaus hat die Armee verschiedenen Gewalttaten gegen die Demonstranten ohne einzugreifen zugeschaut, und hat selber Gewalt gegen letztere angewendet. Das Volk wurde noch einmal von seiner lieben, starken Armee betrogen.
Im dritten Teil kippt die Geschichte in ein dokumentarisches Audio Road Movie um Tahrir Square um. Der politischen Revolution folgt nun für uns Abendländler die phänomenologische: vor dieser Tragödie sehen wir uns einzig dazu verpflichtet, der Kairoer Klanglandsaft endlich mehr Aufmerksamkeit zu schenken, also vertiefen wir uns dann in eine Aufschichtung von Stimmen.

https://www.hrw.org/news/2011/03/11/egypt-end-torture-military-trials-civilians

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